Mutation de l’information et web 2.0
Le web n’est plus ce qu’il était…
De 1995 à 1998, le web a été le terrain de toutes les expérimentations, de toutes les tentatives, de tous les apprentissages. De la page « perso » au premier « portail », les professionnels de la communication et de l’information, mais également et surtout le grand public, se sont emparés frénétiquement de tous les moyens d’expressions à leur disposition pour harnacher ce « media des masses » naissant, ainsi surnommé récemment par Joël de Rosnay dans son dernier ouvrage « La Révolte du Pronétariat ».
Entre 1998 et 2000, on assista à une professionalisation croissante, et, par conséquent, à une forte tendance à la formalisation, à la structuration des moyens et des méthodes, et parfois, à une certaine limitation. Certains crurent qu’on avait fait (déjà !) le tour du web.
Le moyen-débit faisant son apparition, le multimedia y fit son entrée : sons, animations, chats, mais également les premiers systèmes véritablement sécurisés de commerce en ligne, commencèrent à embraser les esprits trop pressés.
L’évolution en continu du web eu raison de nombre d’initiatives hasardeuses : la bulle Internet éclata.
A partir de l’année 2001, et jusqu’en 2004, de nouvelles tendances commencèrent à émerger. D’une part, la réalisation de sites internet cessa définitivement d’être une activité accessible au grand public, pour se professionnaliser de plus en plus. Les méthodes évoluèrent, poussées par les technologies nouvelles : programmation, standardisation, complexification… tout contribua à faire de cette activité une industrie à part entière.
De nombreuses initiatives, venues principalement des Etats-Unis et soutenues par la montée des solutions Open Source, commencèrent à faire changer radicalement le paysage internet, d’une manière tout d’abord peu visible pour le grand public.
L’une des manifestations les plus marquantes de cette évolution fut l’apparition et l’usage croissant du XML (Extensible Markup Language) d’une part, et les travaux du W3C (World Wide Web Consortium) d’autre part. En préconisant la séparation de la forme et du contenu par une structuration sémantique de l’information, le W3C permit une harmonisation des approches techniques et la naissance d’une nouvelle vague du web. Le web du 20ème siècle était mort. Vive le web 2.0 !
Des flux en liberté
Le web 2.0 est le nom donné, lors de la conférence-débat qui s’est tenu à San Francisco en 2004 et à l’initiative de l’éditeur Tom O’Reilly, aux nouvelles applications internet basées sur l’échange actif et collaboratif entre utilisateurs.
Grâce à la méthode sémantique préconisée par le W3C et à l’usage du XML, l’information cesse d’être une entité figée. Les nouveaux modèles instaurés par le web 2.0 redonnent à l’information sa nature première : être un flux ; c’est à dire un courant ininterrompu de données dont on ne peut saisir qu’un instantané, lorsque, par exemple, on s’arrête sur un site web pour y lire un article, lorsqu’on recherche une vidéo à télécharger, lorsqu’on participe à un échange au sein d’un forum…
L’information devenant un flux, on assiste alors progressivement à un basculement des usages et des comportements. A la fin des années 90, la « page perso » était le mode d’expression le plus répandu du grand public sur le web. La mutation des technologies de l’information l’a transformé en « blog », une page perso traversée par un flux.
Ce fil d’information en continu n’est donc plus un objet, et il cesse donc d’être associé à un support en particulier. Il passe sans discernement de l’ordinateur au PDA, et au téléphone portable, et vice et versa.
L’information en tant que flux devient le produit de la masse. Il n’y a pas d’auteur unique, de propriétaire de l’information, car l’information en tant que flux ne peut s’appréhender de façon juste que de manière globale. Elle devient le produit du media des masses, c’est-à-dire qu’elle est le résultat d’une quantité innombrable d’échanges, de variations, de corrections, de modifications subtiles ou fondamentales, qui forment au bout du compte… l’Information.
L’une des initiatives les plus frappantes dans ce domaines est Wikipedia, une encyclopédie collaborative ouverte et gratuite, qui recense aujourd’hui plus de 3,8 millions d’articles, dans plus de 150 langues dont 10 langues principales, c’est-à-dire dors et déjà davantage que ce que les encyclopédie Universalis et Brittannica réunies ne pourront jamais espérer produire.
Wikipedia, n’est pas une accumulation de données sans régulation. Puisque le principe de fonctionnement de wikipedia est de permettre à quiconque de publier ou corriger un article, on obtient, en fin de compte, des articles qui sont le résultat d’un consensus de masse, ou du moins d’une masse critique. La moyenne l’emporte sur le particularisme.
Les individualités se dissolve dans l’impersonnel.
Wikipedia est donc une encyclopédie reflétant de manière exacte l’état des connaissances humaines à un instant T. A l’inverse des encyclopédies sur papier, il n’y a pas de « vérité » inscrite une fois pour toute. Il n’y a que de l’information en flux continu.
Une nouvelle matière première
Les flux sont aujourd’hui omniprésents au sein des technologies de l’information. Les applications web 2.0 qui utilisent ces flux se nomment : Flickr, Del.icio.us, Graigslit, Froogle, 43 Things, LinkedIn, Eventful, Upcoming, etc. Ces animaux étranges se regroupent au sein de familles aux noms encore plus étranges : podcast, vodcast, glocalization, outils sociaux, agrégateurs, feedication, networking, tagging, bookmarking, folksonomy… un bestiaire fantastique.
Du point de vue de l’utilisateur, c’est une multitude de nouveaux services, de nouveaux usages, de nouveaux comportements : se créer des relations professionnelles, publier des articles d’actualités sur un quotidien collaboratif, créer son journal personnel en 5 minutes, créer une communauté de discussion, travailler en ligne, organiser des conférences vocales gratuites, télécharger des vidéos créés à l’autre bout de la planète, stocker des giga-octets de données en ligne, publier ses photos de vacances, voir le monde entier vu de satellite, partager des documents de travail, participer à la rédaction de la plus grande encyclopédie de l’histoire de l’humanité, poser une question à des milliers d’internautes, partager son emploi du temps, donner son avis sur tout et n’importe quoi… ou, pourquoi pas, assister en direct à la naissance d’aiglons sauvages.
L’utilisateur moderne s’abreuve quotidiennement de ces flux d’informations venus de tous les horizons, les points de vue se démultiplient, s’entrecroisent, s’influencent, se répondent… l’information devient une matière première.
Du point de vue professionnel, la conception d’un site internet véritablement moderne ne peut s’envisager qu’en intégrant ces nouveaux paramètres, à la fois sur le plan stratégique, mais également sur le plan de la mise en œuvre.
La création d’un projet web doit se fonder sur la prise en compte des nouveaux usages naissants, des nouveaux comportements vis à vis de l’information. Le positionnement éditorial et marketing sont des aspects de la conception en lien immédiat avec les usages du web. Les choix techniques dans le domaine des applications de publication de contenu déterminent la manière dont les utilisateurs pourront, ou non, par la suite s’approprier l’information.
L’internet n’est pas un media, car il n’y a pas, comme dans le modèle qui soutient les media traditionnels, de transmission d’émetteur à récepteur. La télévision émet, l’auditeur écoute. Joël de Rosnay l’a qualifié d’« écosystème informationnel ». Chaque entité de l’écosystème fait aujourd’hui partie intégrante du processus de création et de transmission de l’information. C’est un système dont la complexité est très largement supérieure à celle des media traditionnels, et qui a, par conséquent, tendance à les absorber.
Le changement profond qui touche à notre relation à l’information en tant que flux, transforme nos comportements et provoque une mutation progressive de la société de l’information en un vaste réseau vivant.
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