L’entreprise 2.0 ou la mutation à l’œuvre
Les nouveaux usages du web remettent profondément en cause les applications professionnelles au sein de l’entreprise alors que celles-ci viennent à peine de se stabiliser. À nouveau, les applications web grand public montrent le chemin au monde de l’entreprise.
Entre 1995 et 1997, durant la première grande vague d’innovations, des professionnels et des chercheurs, passionnés par les nouvelles technologies de l’information, se mirent à développer des applications dans les domaines de la communication, de la publication et du multimedia. Des outils de courrier électronique, de messagerie instantanée, de forum de discussions, et de système de gestion de contenu furent rendus accessibles au grand public. Ces innovations se répandirent tout d’abord au sein de la société civile avant d’atteindre des zones moins promptes au changement, à savoir les entreprises, et plus tard encore les institutions publiques. A la fin des années 90, les entreprises commencèrent à intégrer peu à peu les mutations informatiques à l’œuvre dans la société. Les systèmes de gestion de l’information très lourds, hérités de l’informatique des années 70, furent progressivement remplacés par des systèmes web plus puissants, plus rapides, plus souples et, ce n’est pas le moindre des avantages, moins couteux.
Depuis quelques mois, Dion Hinchcliffe, expert du web 2.0, s’interroge sur l’application, au sein de l’entreprise, des modèles et des principes à l’œuvre sur le web collaboratif grand public. Force est de constater que les internautes ont pris à bras le corps l’ensemble des nouveaux moyens mis à leur disposition par les modèles émergents du web, pour publier, échanger et partager de l’information. Le blog fait aujourd’hui parti de la panoplie de l’internaute moyen, alors qu’il y a trois ans à peine, le même mot provoquait parfois moqueries et condécendances… Le Wiki, mode de publication de contenu collaboratif et rapide, a trouvé son public à travers l’encyclopédie Wikipedia. Les systèmes d’échanges de contenus (photos, audio et vidéo) explosent aux Etats-Unis. Flickr revendique une communauté de 37 millions d’utilisateurs actifs sur son service de publication de photos.
Face à ces changements de grande ampleur dans les usages du web, comment l’entreprise va-t-elle réagir ? et quels sont les outils à sa disposition pour effectuer la transformation ? Lors de la Conférence sur les Technologies Collaboratives, qui s’est tenue à Boston du 19 au 22 Juin dernier, Andrew Mc Afee, chercheur dans les nouvelles technologies à l’Université de Harvard, s’est exprimé sur l’émergence des applications collaboratives au sein de l’entreprise. Selon lui, “Wikis, blogs, et applications de messageries peuvent transformer une plate-forme intranet en une structure en changement permanent, édifiée par des contributeurs autonomes, et réfletant exactement l’évolution du travail en cours”. Certaines grandes entreprises, plus conscientes que d’autres des enjeux d’une telle évolution, ont pris autant la mesure des possibilités offertes par ces nouvelles technologies collaboratives, que des enjeux à l’œuvre dans la mutation des entreprises vers un mode de fonctionnement basé sur la participation active du plus grand nombre.
De grands groupes, tels que Schlumberger, ont développé des plate-formes intranet très complexes, basées sur la première génération d’applications web. Elles fonctionnent principalement sur une schéma unilatéral. Les connaissances métiers sont publiées sur la plate-forme sous forme de mini-sites sectoriels qui ne permettent pas un croisement des informations. La plate-forme devient alors un immense répertoire dont l’arborescence se complexifie progressivement. A l’inverse, ce qu’autorise la seconde génération d’applications collaboratives, c’est un traitement interactif de l’information [Voir ce schéma sur la gestion collaborative de l’information]. Le va-et-vient permanent qui s’éffectue au sein même de la masse des utilisateurs devient une source d’information.
Andrew Mc Afee cite en exemple la banque Dresdner Kleinwort Wasserstein, qui, à l’automne 2005 termina la mise en oeuvre d’une nouvelle plate-forme intranet basée sur les technologies du blog, du Wiki et de la messagerie instantanée, et qui réalisa très vite que le système manquait d’une fonctionnalité cruciale, permettant de connaître en temps réels la disponibilté des utilisateurs connectés. 64 minutes plus tard, et cela sans définition de projet ou ni même de planning, un groupe d’employés avaient développé un outil répondant à ce besoin. La technologie collaborative avait joué à plein son rôle d’outil communautaire.
Relever le défi de la mutation collaborative est crucial pour les entreprises qui basent leur fonctionement sur l’échange et la mise en commun du savoir et de l’expérience acquises par les utilisateurs . En s’appropriant ces nouveaux usages, l’entreprise créera un second champs d’exploration des technologies collaboratives, dont le grand public bénéficiera en retour, comme ce fut le cas pour la première génération d’applications web.
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